Djerba en Tunisie : Joyau méditerranéen entre tradition et modernité

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Cette île tunisienne, la plus grande d’Afrique du Nord, offre un visage contrasté où se mêlent harmonieusement des plages idylliques, des villages traditionnels préservés, un patrimoine architectural remarquable et une mosaïque de communautés aux traditions vivantes. Terre de rencontres et d’échanges depuis des millénaires, Djerba a su préserver son identité distinctive tout en s’adaptant aux évolutions successives.

Situation géographique de l’île de Djerba

Située au sud-est de la Tunisie, Djerba est une île fascinante baignée par les eaux de la mer Méditerranée dans le golfe de Gabès. Plus grande île des côtes d’Afrique du Nord, elle s’étend sur une superficie de 514 km², avec des dimensions d’environ 25 kilomètres sur 20 et un littoral qui s’étire sur 150 kilomètres.

Sa forme caractéristique évoque celle d’une molaire géante avec trois racines (les péninsules d’Ajim, de Ras Terbella et de Bine El Oudiane).

L’île est reliée au continent tunisien par deux moyens principaux : au sud-ouest par un bac qui relie Ajim à Jorf, et au sud-est par une voie de sept kilomètres entre la localité d’El Kantara et la péninsule de Zarzis.

Cette chaussée, dont la première construction remonterait à la fin du IIIe siècle avant J.-C., est connue sous le nom de pont romain El Kantara.

Distances entre Djerba et différentes villes

Pour vous donner une idée précise de la localisation de Djerba par rapport aux principales villes européennes et tunisiennes, voici les distances qui séparent l’île de différentes métropoles :

  • Djerba – Tunis : Environ 335 km par vol direct, soit environ 500 km par la route (6-7 heures de trajet). La distance de vol entre Tunis et Djerba est de 335 km.
  • Djerba – Paris : 2h36 de vol (distance : 1792 km)
  • Djerba – Genève : 2h09 de vol (distance : 1431 km)
  • Djerba – Bruxelles : 2h48 de vol (distance : 1962 km)
  • Djerba – Marseille : 1h52 de vol (distance : 1168 km)

Les principales villes de Djerba et leurs caractéristiques

L’île de Djerba est divisée en trois délégations administratives qui correspondent à trois municipalités principales, chacune avec ses particularités :

Houmt Souk

Houmt Souk est la principale ville de Djerba, rassemblant à elle seule 42 992 des 163 726 Djerbiens. Elle constitue la capitale administrative et économique de l’île. Son nom viendrait d’ailleurs de son célèbre souk (marché), qui est aujourd’hui l’un des centres d’intérêt majeurs pour les touristes.

Caractéristiques principales :

  • Centre administratif et commercial de l’île
  • Architecture traditionnelle avec des maisons blanchies à la chaux
  • Marchés animés (souks) proposant artisanat, épices, textile et produits locaux
  • Port de pêche pittoresque
  • Monuments historiques comme la forteresse Borj El Kébir datant du 16ème siècle
  • Patrimoine religieux varié incluant plusieurs mosquées (Mosquée des Étrangers, Mosquée des Turcs) et la présence du quartier juif de Hara Kbira

Midoun

Midoun est la deuxième ville d’importance sur l’île. Cette vaste localité du Nord-Est de l’île est réputée pour ses fermes et plantations agricoles. Elle est également un point d’accès privilégié à plusieurs plages réputées de l’île.

Caractéristiques principales :

  • Marchés hebdomadaires traditionnels
  • Proximité avec les plages de Sidi Mahrez et Seguia
  • Centre agricole important
  • Phare de Taguermess situé à proximité
  • Djerba Explore Park, un parc à thème populaire

Ajim

Ajim est un village de pêcheurs pittoresque situé à l’ouest de l’île, réputé pour ses maisons blanchies à la chaux et ses petites ruelles. Cette localité est plus en retrait par rapport à la dynamique touristique de l’île, ce qui lui confère un caractère plus authentique.

Caractéristiques principales :

  • Port de pêche traditionnel
  • Point de départ du bac reliant l’île au continent (Ajim-Jorf)
  • Architecture typique djerbienne bien préservée
  • Lieu de tournage de certaines scènes du film Star Wars (ce qui attire les cinéphiles)
  • Mode de vie plus traditionnelle que dans les zones touristiques

L’île compte également d’autres localités remarquables comme Guellala, célèbre pour sa poterie artisanale et son musée des Arts et Traditions Populaires, ou encore Erriadh (anciennement Hara Sghira), qui abrite la célèbre synagogue de la Ghriba, lieu de pèlerinage important pour la communauté juive d’Afrique du Nord.

La particularité de Djerba réside dans sa diversité culturelle, religieuse et ethnique, avec des populations d’origines berbère, arabe, africaine et juive qui ont cohabité pendant des siècles, tout en préservant leurs traditions respectives.

L’économie touristique de Djerba

L’île de Djerba constitue l’un des piliers du tourisme tunisien, avec une capacité d’hébergement considérable et une longue tradition d’accueil. Son développement touristique, son évolution et les défis qu’elle rencontre aujourd’hui témoignent des transformations de l’économie insulaire et de ses adaptations successives aux nouvelles réalités du marché touristique méditerranéen.

L’importance économique du tourisme à Djerba

Djerba représente une part substantielle de l’offre touristique tunisienne. Avec environ 45 000 lits sur les 240 000 que compte la Tunisie, l’île concentre près d’un cinquième de la capacité d’hébergement du pays.

Cette concentration témoigne du rôle majeur que joue Djerba dans l’économie touristique nationale.

Le tourisme a profondément transformé le paysage économique local, créant de nombreux emplois directs et indirects, mais a également modifié le rapport des habitants à leur territoire.

Ce développement n’a pas été sans conséquence sur l’organisation spatiale et sociale de l’île, dont le schéma de peuplement traditionnel était caractérisé par une faible densité et une organisation en quartiers économiquement autonomes.

L’évolution historique du tourisme djerbien

Les débuts du tourisme (1954-1970)

L’histoire du tourisme moderne à Djerba commence dès 1954, avec la création par Serge Trigano d’un camping méditerranéen dans la réserve de Ziw-Zew (actuelle Saggya). Cette initiative pionnière marque le début d’un développement qui s’intensifiera dans les décennies suivantes.

C’est vers la fin des années 1960 que les premiers investissements significatifs dans l’hôtellerie voient le jour, avec la création d’établissements comme l’Ulysse, le Jazira-club, le Strand Hôtel, le Lotos, le Meninx ou le Sidi-Slim. Ces projets sont principalement portés par des investisseurs publics et privés tunisiens, souvent associés à des entrepreneurs et financiers européens.

L’expansion (1970-1990)

Les années 1970 marquent une accélération du développement touristique, soutenue par une politique active de crédits bancaires.

Durant cette période, l’État tunisien fait le choix d’investir massivement dans le tourisme, considéré comme un facteur de développement et d’entraînement pour l’industrie et le décollage économique du pays.

Dans les années 1980, la dynamique se poursuit avec l’arrivée d’investisseurs de Tunis, de Sfax et du Sud tunisien, qui diversifient leurs activités dans la construction, les services paratouristiques et les loisirs.

Une particularité locale : la réticence initiale des Djerbiens

Il est intéressant de noter que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les Djerbiens eux-mêmes n’ont pas été les principaux acteurs de ce développement touristique.

Malgré leur réputation d’entrepreneurs et leur propriété de terres devenues précieuses avec la valorisation du littoral, ils ont initialement regardé ce secteur avec méfiance, le considérant comme une ingérence extérieure.

Ce n’est que tardivement, vers la fin des années 1970, que certains Djerbiens commencent à investir dans des constructions en bord de mer. Et fait notable, ce sont souvent les femmes héritières de terres peu fertiles mais idéalement situées près des plages qui ont initié ces projets immobiliers, contournant ainsi le système traditionnel de transmission du patrimoine foncier.

Les défis contemporains et les stratégies de renouvellement

Aujourd’hui, Djerba fait face à une concurrence accrue dans le bassin méditerranéen. Si pendant longtemps l’île a bénéficié d’une position quasi monopolistique qui lui permettait de « se vendre comme des petits pains » sans effort marketing particulier, la situation a considérablement évolué avec l’émergence de nouvelles destinations proposant des offres similaires ou innovantes.

Pour répondre à ces défis, Djerba a mis en place une stratégie de revalorisation de sa destination à travers la création de Djerba Management Organisation, un organisme mêlant acteurs publics et privés.

Cette structure travaille à renouveler l’image de l’île en développant des offres thématiques qui mettent en valeur son patrimoine culturel, artisanal et naturel :

  • Route de l’huile d’olive
  • Circuit des mosquées et des forteresses
  • Valorisation du savoir-faire des potiers et des tisseurs

L’objectif affiché est de « se démarquer » en diversifiant l’offre touristique au-delà du simple balnéaire, et en adaptant la communication pour toucher de nouvelles cibles, notamment les jeunes générations.

L’adaptation à un modèle de développement durable

La prise de conscience de la fragilité de l’écosystème insulaire et l’inscription récente de Djerba au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2023 sous l’appellation « Djerba : témoignage d’un mode d’occupation d’un territoire insulaire » ont accéléré la réflexion sur un modèle touristique plus respectueux de l’environnement et des traditions locales.

Ce modèle s’inspire du schéma traditionnel d’occupation des sols de Djerba, qui illustre la manière dont les populations locales ont adapté leur mode de vie aux conditions et à leur environnement naturel pauvre en eau.

Cette approche vise à concilier développement touristique et préservation de l’identité djerbienne, construite autour de la vie rurale, de l’itinérance commerciale et des liens communautaires.

Aujourd’hui, les acteurs du tourisme djerbien sont conscients que leur meilleure carte de visite serait un retour à la stabilité politique en Tunisie, condition essentielle pour rassurer les touristes et retrouver la place privilégiée que l’île occupait autrefois dans le paysage touristique méditerranéen.

Djerba au patrimoine mondial de l’UNESCO

En septembre 2023, l’île de Djerba a franchi une étape décisive dans la reconnaissance de sa valeur culturelle et historique exceptionnelle avec son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Cette consécration, qui intervient après un processus long et complexe, ouvre de nouvelles perspectives pour l’île tout en soulevant d’importants défis de préservation et de gestion.

La nature et l’étendue de l’inscription

Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas l’ensemble de l’île de Djerba qui a été inscrite au patrimoine mondial, mais un « bien en série » constitué de 7 zones spécifiques et de 24 monuments répartis sur l’île. Parmi ces sites protégés figurent notamment :

  • 22 mosquées ancestrales de rite ibadite
  • La synagogue de la Ghriba
  • L’église Saint-Nicolas
  • Plusieurs villages traditionnels comme Sedouikech

Cette inscription a été obtenue sous l’appellation « Djerba : témoignage d’un mode d’occupation d’un territoire insulaire », reconnaissant ainsi la valeur universelle exceptionnelle du modèle d’organisation spatiale et sociale développé par les Djerbiens au fil des siècles.

Il s’agit du 9ème site tunisien à rejoindre la liste du patrimoine mondial, et de la première inscription pour le pays depuis 1997, soit 26 ans d’attente depuis l’inscription du site archéologique de Dougga.

Les critères de l’inscription et la valeur universelle exceptionnelle

L’UNESCO a reconnu Djerba comme un « témoignage exceptionnel d’un schéma de peuplement unique et d’une adaptation humaine remarquable à travers les siècles aux contraintes d’un environnement marqué par la rareté de l’eau et de nombreuses menaces venues de la mer ».

La valeur universelle exceptionnelle de Djerba repose sur plusieurs aspects :

  • Un modèle original d’occupation du territoire caractérisé par une faible densité de population
  • L’organisation en quartiers économiquement autonomes et reliés par un réseau routier élaboré
  • L’adaptation ingénieuse aux contraintes environnementales, notamment la rareté de l’eau
  • La coexistence harmonieuse de différentes communautés culturelles et religieuses
  • La préservation de techniques de construction et d’aménagement traditionnelles

Cette reconnaissance vient valoriser un patrimoine culturel longtemps méconnu et dont la préservation était devenue urgente face aux pressions économiques et aux transformations rapides du territoire.

Les défis et enjeux de cette inscription

L’inscription au patrimoine mondial soulève de nombreuses questions quant à sa mise en œuvre et à son impact sur le développement futur de l’île. Plusieurs défis majeurs se présentent :

La gouvernance et la gestion du site

La mise en place d’une structure de gouvernance adaptée est essentielle pour :

  • Informer correctement les habitants sur les zones protégées et les réglementations associées
  • Assurer la transparence dans l’allocation et l’utilisation des fonds destinés à la restauration et à la conservation
  • Établir un comité de contrôle indépendant pour surveiller l’application des mesures de protection
  • Développer des programmes de sensibilisation auprès des écoles et du grand public

La conciliation entre protection du patrimoine et développement touristique

Un des enjeux majeurs consiste à trouver un équilibre entre :

  • Le respect des règles strictes imposées par l’UNESCO pour la conservation du patrimoine
  • Le développement économique de l’île, notamment à travers le tourisme
  • La transition d’un tourisme de masse vers un tourisme culturel plus respectueux du patrimoine
  • La réhabilitation des zones agricoles de l’intérieur de l’île, dont plus de 10 000 hectares sur les 37-39 000 hectares cultivables ont été abandonnés au profit du développement touristique côtier

La régulation du marché immobilier et la lutte contre la spéculation

L’inscription au patrimoine mondial peut avoir des effets pervers sur le marché immobilier :

  • Risque de spéculation immobilière dans les zones protégées, comme en témoignent déjà des annonces publicitaires mettant en avant cette nouvelle valeur ajoutée
  • Nécessité de mettre en place des réglementations strictes pour encadrer les investissements immobiliers
  • Besoin de contrôler les abus et de sanctionner les infractions aux règles d’urbanisme et de préservation

L’implication de la société civile

La réussite de cette inscription dépend largement de l’adhésion et de la participation active des habitants :

  • Sensibilisation des jeunes générations à l’importance de ce patrimoine
  • Engagement bénévole des citoyens dans la surveillance et la préservation des sites protégés
  • Participation aux programmes de valorisation du patrimoine
  • Création d’un dialogue constructif entre les autorités, les experts et la population locale

Les perspectives pour l’avenir

L’inscription de Djerba au patrimoine mondial ouvre de nouvelles perspectives pour l’île :

Le développement d’un tourisme culturel durable

L’opportunité est grande de développer une offre touristique complémentaire au tourisme balnéaire traditionnel :

  • Création de circuits thématiques autour des mosquées ibadites, de la synagogue et des villages traditionnels
  • Valorisation des savoir-faire artisanaux (poterie, tissage)
  • Développement d’activités d’écotourisme dans les zones rurales
  • Organisation d’événements culturels mettant en valeur le patrimoine immatériel

La revitalisation des zones rurales

La protection des villages traditionnels peut constituer un levier pour :

  • Encourager le retour à l’agriculture dans les zones abandonnées
  • Restaurer les « menzels » (fermes traditionnelles) et préserver l’architecture vernaculaire
  • Revitaliser les métiers traditionnels comme le tissage
  • Redévelopper une économie locale diversifiée, moins dépendante du tourisme balnéaire

L’extension future de la protection

Si cette première inscription concerne essentiellement le patrimoine culturel, elle pourrait préfigurer une démarche plus large incluant :

  • La protection du patrimoine naturel de l’île
  • La sauvegarde des zones humides et des espèces animales menacées
  • La préservation de la biodiversité marine et terrestre
  • L’adoption d’une approche globale de développement durable pour l’ensemble de l’île

L’inscription de Djerba au patrimoine mondial représente donc bien plus qu’une simple reconnaissance ou un outil de marketing touristique. Elle constitue une opportunité historique de repenser le modèle de développement de l’île en s’appuyant sur ses richesses patrimoniales, tout en relevant le défi de leur préservation pour les générations futures. La réussite de cette démarche reposera sur la capacité des acteurs locaux à mettre en place une gouvernance efficace, transparente et participative, associant étroitement la population dans toute sa diversité.